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Il  commença par établir ses quartiers d'hôtel en hôtel, et après quelque temps, trouvant le Desert Inn de Las Vegas à son goût, il acheta purement et simplement l'établissement quand les propriétaires voulurent l'expulser et s'y établit pour y vivre. Cependant, la folie regagne du terrain et de 1968 à sa mort, il reste de nouveau cloîtré dans une chambre à Las Vegas, sous la garde vigilante d'infirmiers mormons, vivant comme un reclu (ou du moins prétextant de le faire, car bien qu'il fût censé ne pas quitter sa suite confortable, plusieurs personnes mentionnèrent l'avoir vu ailleurs à de nombreuses époques, sans que jamais sa présence ait été annoncée). Il était entouré de mormons, qu'il estimait de toute confiance, et dirigea la totalité de ses affaires par télex et par téléphone, phénomène sans précédent dans l'histoire et qui excita bien des imaginations.

Sa misanthropie ne l'empêcha pas de continuer à entretenir des contacts avec la CIA. Au début des années 1970, il participe au Projet Jennifer consistant à récupérer un sous-marin nucléaire lanceur d'engins coulé dans l'Océan Pacifique en 1968. Sous couvert de prospection minière, il affrète un bateau, le Glomar Explorer officiellement destiné à prospecter les nodules polymétalliques. En réalité, le bâtiment doit hisser le sous-marin échoué à 5 000 mètres de profondeur. L'opération ne rencontra qu'un succès partiel.

Le pouvoir politique du milliardaire était tel qu'on le disait l'homme le plus puissant du monde, dictant ses volontés à des hommes comme John F. Kennedy, Lindon Johnson ou Richard Nixon. Les légendes le décrivent comme un pur démon, au cœur des intrigues autour du clan  Kennedy et de la vie politique américaine, mais aussi de la Mafia et de la pègre. Il a passé les huit dernières années de sa vie à comploter et à acheter les hommes les plus influents.

C'est d'ailleurs à cause d'Howard Hughes qu'aurait eu lieu le Watergate. En effet, lors de la course à la présidence de 1968, Hughes voulut, comme à son habitude, se rapprocher des candidats. Il fit donc un don de 50 000 dollars au candidat républicain Richard Nixon ainsi qu'au démocrate Hubert Humphrey. Humphrey déclara cette somme au fisc, ce que ne fit pas Nixon pour l'ajouter à une caisse noire. Cinq années plus tard, Nixon déjà président et candidat pour un nouveau mandat eut peur que les démocrates révèlent ce dessous de table non déclaré, il organisa donc le cambriolage du bâtiment démocrate (Water Gate) pour savoir si les démocrates avaient des dossiers à ce sujet ; l'affaire fut révélée et le poussa à démissionner.

Lorsqu'on annonça à Hughes l'affaire, il fut étonné, ne se rappelant même plus avoir donné à Nixon une somme qui était dérisoire à ses yeux.

 

Le plus fameux avion de Hughes était un hydravion surdimensionné surnommé Spruce Goose (goose signifie oie en anglais). L'idée d'une flotte de tels avions avait été initiée, en 1942, par le constructeur de navires Henry J. Kaiser dont les Liberty ships étaient devenus la cible des sous-marins allemands. Franklin D. Roosevelt, intéressé par le projet demanda à Donald Douglas de construire ces bateaux volants, mais Douglas considérait ce projet irréalisable. Mais Kaiser insista et persuada Hughes de devenir son associé. Kaiser qui était capable de construire très rapidement des navires pensait qu'un tel avion pouvait être construit en dix mois (soit bien plus vite que le temps normal pour un avion classique). Les deux obtinrent 18 millions de dollars du Reconstruction Finance Corporation pour construire un prototype. Mais après un an, Kaiser perdit son intérêt pour le projet et s'en retira. Hughes poursuivit seul. Terminé en 1947, le H-4 Hercules ne vola qu'une seule fois, le 2 novembre. Il grimpa à 70 pieds (21 mètres) et fut en l'air environ une minute, en parcourant un mille (1 600 mètres) à la vitesse maximale de 80 mph (129 km/h). Le Spruce Goose est le deuxième plus grand avion jamais construit, d'une longueur de 67 mètres, d'une envergure de 98 mètres et d'une hauteur de 24 mètres. Il transportait 52 996 litres de carburant. Seul l'Antonov-225 le surclasse par sa taille et la quantité de fret qu'il peut transporter.

 

Sa société Hughes Aircraft Company fut finalement rachetée par McDonnell Douglas en 1984.

 

Les huit dernières années de la vie privée de Hughes furent remarquables ; alité toute la journée en regardant des films, vivant nu, drogué à la morphine puis à la codéine, il ne coupait jamais ni sa barbe, ni ses cheveux, ni ses ongles, et ses nervis le fournissaient en filles. Howard Hughes ne faisait confiance qu'aux mormons, qui profitèrent grassement de ses largesses.

À la fin de sa vie, à 70 ans, il n'était plus qu'un vieillard grabataire. Il avait perdu dix centimètres en taille et ne pesait plus que quarante kilos, souffrant d’insuffisance rénale, de malnutrition, et atteint d’une syphilis tertiaire qui lui avait endommagé irrémédiablement le cerveau. Cependant sa mort ne serait pas naturelle mais provoquée par une injection  surdosée de codéine.

 

La mort de Hughes fut annoncée le 5 avril 1976, mais en fait il serait mort le 2 avril. La photo prise sur son lit de mort révèle un homme méconnaissable, qui n'a plus rien du séducteur de jadis. Hughes semblait avoir renoncé définitivement au souci des apparences comme il avait renoncé à toute vie sociale.

Interrogés à ce sujet, quelques autres milliardaires firent des commentaires variés, dont : « Il était peut-être le plus riche de nous tous, mais il n'était plus l'un des nôtres » et « J'ai l'impression qu'il était devenu à certains égards L'homme le plus pauvre du monde », manifestant que Hughes ne voyait plus que son personnel de service, n'ayant pas un pair à qui se confier.

On ne put l'identifier que par ses empreintes digitales, complétées de témoignages sur l'honneur de son personnel. Mais qu'avait donc fait Hughes, homme de culture et d'une extrême intelligence, pendant tout ce temps passé entre ses quatre murs ? Nous n'avons pas à ce jour de réponse, et « rien » ne semble pas une réponse très plausible concernant un homme qui dans tout le début de sa vie s'était au contraire montré hyperactif.

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HOWARD HUGHES