Entre temps, il a accepté l’invitation du pilote américain Al Williams à participer
en août 1931, aux National Air Races de Cleveland (photo 2). Udet ne peut avec son
Flamingo rivaliser avec les puissantes machines américaines, alors il opte pour une
démonstration de voltige au ralenti, toute en finesse et au ras du sol. Le Washington
Post titre : « Udet monopolise le spectacle ! ». Il assiste aux démonstrations du
Curtiss Gulfhawk piloté par Al Williams ; cet avion préfigure le Curtiss Hawk F11C,
un chasseur qui peut également bombarder en piqué et que la Navy commandera en octobre
1932. Cet avion intéresse Udet qui pense l’utiliser pour renouveler ses exhibitions
mais il n’a pas d’argent. De retour en Allemagne, il reprend ses shows aériens avec
un nouveau numéro comique : le « professeur volant », bien qu’il ait été nommé quelque
jours auparavant, vice commodore du DLV (Ligue du vol sportif allemand) avec port
de l’uniforme obligatoire. Depuis janvier 1933, les Nazis sont au pouvoir et son
ancien camarade Göring devenu président du Reichtag, n’a pas perdu espoir de rallier
ce pilote célèbre à la cause nazie. Udet subit de fortes pressions pour rejoindre
le NSDAP où figurent déjà nombre de ses amis. Et puis, ce parti ne fait-
Udet continue à voler dans des meetings : voltige sur le Flamingo, piqués avec le Curtiss et vol à voile avec un Rhön Sperber. Mais ses amis et Göring le pressent maintenant de prendre du service dans la Luftwaffe qui vient juste d’être créée. Cette année, il tourne son dernier film « Wunder des Fliegens », un des classiques du film d’aviation mais aussi une oeuvre de propagande patronnée par Göring pour promouvoir l’aviation auprès des jeunes. En 1936, il est nommé inspecteur de la chasse et du bombardement en piqué. Lui, le bohême insouciant, « das fröhliche Kind » (l’enfant joyeux), comme il aime à s’appeler, amateur de bons vins, de voitures de sport et de jolies femmes, disposant de revenus de 200 000 mark par an, devient le colonel Udet avec une solde de 1 200 marks par mois ! Peu de temps après à la mort du général Wever, il est nommé chef des services techniques du ministère de l’Air. Malgré l’inconvénient d’un gros travail de bureau, sa nouvelle fonction a l’avantage de lui permettre d’essayer tous les derniers prototypes. En 1937, il présente le Messerschmitt Bf 109 au meeting international de Dübendorf, en Suisse. L’année suivante, il bat le record du monde de vitesse sur 100 km avec le Heinkel 100. Nommé général, ses succès suscitent dans l’ombre rancoeurs et jalousie, notamment chez le secrétaire d’Etat Milch ; ancien directeur de la Lufthansa, c’est un dur, rusé et parfait organisateur. En outre, Udet se comporte toujours en civil malgré son uniforme, ce qui ne plait guère aux militaires. Udet suit toujours son idée fixe; après le Ju 87 Stuka, les bimoteurs Junkers 88 et Dornier 217 doivent également pouvoir bombarder en piqué. L’idée d’Udet n’est pas mauvaise en soi puisqu’elle conduira à l’avion d’assaut, mais elle est trop exclusive et l’Allemagne va souffrir du manque de bombardiers stratégiques, préconisés par le général Wever. Son service subit en outre plusieurs échecs graves avec le Messerschmitt 210 et le Heinkel 177.
La guerre contre l’Angleterre surprend Udet. Fin 1939, il confie à son amie Inge
Bleyle, « je crois que nous ne serons jamais vainqueurs. Cette guerre, nous l’avons
déjà perdue ». Au fur et à mesure que ses soucis augmentent, Udet abuse de l’alcool
et des tranquillisants; il se rend compte qu’il n’est pas à la hauteur de la tâche
et que l’industrie allemande n’a pas les capacités de production suffisantes. En
février 1941, il essaie d’imposer à la France un véritable diktat qui se résume ainsi
: la zone occupée travaillera pour l’industrie aéronautique allemande et la zone
libre aussi ! Quand l’Allemagne attaque la Russie le 22 juin 1941, la demande en
matériel aérien s’accentue encore, alors que l’industrie fait face au manque de matériaux
stratégiques. Göring ment à Hitler et essaye de faire porter ses erreurs sur le compte
d’Udet. Il est secondé en cela par Milch qui n’attend que l’occasion de prendre la
place d’Udet. Ce dernier se retrouve seul, trahi par Göring qui l’a manipulé à son
avantage, par Milch qui l’a constamment dénigré. Udet n’est pas naïf ; dès 1936,
il conseillait à Carl Zuckmeyer de quitter l’Allemagne car il n’ y avait plus, selon
lui, d’humanité dans ce pays ; « un jour le diable viendra tous nous emporter » lui
dit-
La mémoire d’Udet vit encore. Dès 1955, son personnage a inspiré un film paru en Allemagne : « Des Teufels General » d’Helmut Kautner, avec Curd Jurgens, d’après un scénario de Zuckmayer. Udet apparaîtra également dans le film « The great Waldo Pepper » (1974) et sera évoqué dans le film « Von Richthofen and Brown » (1971).
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