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1909 : premier envol bordelais

En 1909, les exploits des pionniers de l'aviation sont relatés en détail par la presse. Ils montrent qu'enfin les «plus lourds que l'air» sont incontestablement porteurs d'avenir. Ce constat amène bon nombre de sportifs et d'inventeurs à se lancer à leur tour dans l'aventure. En France, Paris n'est plus le seul lieu où il se passe quelque chose dans le domaine des «aéroplanes»; la province s'en mele. Dans notre région, au travers de quelques archives accessibles, on note : Croix dHins la construction d'une machine, baptisée « Avia », et les essais d'un planeur biplan, au domaine de Beaudésert, à Mérignac. Dans ces deux cas il ne semble pas que l'on puisse parler de véritables vols.

Si la météorologie locale l'avait permis, c'est à l'occasion des fêtes organisées pour l'inauguration de l'aérodrome de Croixd'Hins, que quelques vedettes nationales auraient dû effectuer les premiers vols en Gironde. Hélas les frêles machines restèrent au hangar et leurs pilotes furent contraints de regagner la capitale en train. Ainsi, alors que l'année 1909 se termine, aucun vol n'a encore été effectué en Gironde. C'est alors que, par un pur hasard, profitant d'un temps redevenu clément, un apprenti aviateur décide d'essayer son monoplan sur le tout nouveau terrain, encore vierge, de Croix-d'Hins. Et le miracle se produit! Le 10 décembre, Roger Morin, effectue le premier vol attesté en région bordelaise ... un peu malgré lui !

 

 

INDEX GENERAL

Je laisse aux lecteurs le plaisir de savourer les quelques succulents extraits suivants de cet exploit, tel qu'il est reporté dans un journal local :

 

" L'aérodrome de Croix-dHins a enfin vu un vol d'aéroplane! Il a suffi de la première accalmie, après l'extraordinaire série de mauvais temps que nous venons de subir un peu partout en France, pour que l'exploit tant attendu puisse enfin se réaliser. L'aviateur qui aura eu l'honneur d'inaugurer l'aérodrome appelé à devenir sans doute par la suite un des plus fameux, n'est point un champion déjà réputé, classé. C'est M. Morin, Un jeune homme de vingt cinq-ans, fils de M. Morin, administrateurde notre confrère "le Temps". M. Morin

vint à Bordeaux en même temps que Delagrange, pour l'inauguration du ler décembre, qui ne put avoir lieu, on le sait à cause du mauvais temps. Ilavait même mis à la disposition de ce dernier un appareil Blériot qu'il venait d'acheter à Paris et sur lequel il n'était lui-même jamais monté, n'ayant encore jamais « volé ». C'est sur cet aéroplane entièrement neuf dont M.Delagrange avait simplement fait tourner le moteur au repos, durant quelques instants, ces jours-ci, que M. Morin a reçu, vendredi après-midi, à Croix-d'Hins, le baptême de l'air.

Et voici bientôt le moteur Anzani qui ronfle et fait tourner l'hélice à 1200 tours. Soudain, l'aéroplane se met à rouler. Le voilà déjà à vingt, trente, cinquante mètres de son point de départ, en présence d'une douzaine de spectateurs à peine, dont la plupart sont des chasseurs venus là, certainement, sans se douter de ce qu'ils vont voir... Tout à coup, après avoir parcouru un peu plus de cent mètres, l'aéroplane en pleine vitesse commence à quitter le soi. A vrai dire, M. Morin est un peu ému et moralement désemparé : on le serait à moins pour une première fois. Il se sent emporté sur la gauche, ce que voyant il donne un trop violent coup de gouvernail de profondeur, qui le fait s'élever brusquement à environ dix mètres, tout en franchissant pendant ce temps cent autres mètres au-dessus de la lande immense. Surpris par cette envolée imprévue, l'aviateur-néophyte coupe l'allumage au risque d'atterrir trop brusquement. Il atterrit en effet, à environ deux cent cinquante mètres de son point de départ sur la piste même. Il est exactement trois heures quarante cinq. Quand M. Morin descendit de son aéroplane, il fut longuement ovationné par les très rares spectateurs de cette première envolée, désormais historique pour Croixd'Hins, dont chacun voulut emporter un souvenir sous les espèces d'un autographe, d'un morceau de bois, etc.; si bien que le jeune aviateur, qui ne revenait pas encore de sa presque involontaire échappée, dut faire pendant un moment son "petit Blériot" pour satisfaire ses admirateurs".

 

Eh oui, amis bordelais ! C'est un obscur apprenti-aviateur parisien qui nous a montré la voie.                                                                       JL

 

 

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